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Addictions en entreprise : agir sans stigmatiser

Sujet délicat à aborder sans stigmatiser les collaborateurs touchés, la question des addictions dépasse la sphère de la santé. La consommation d’alcool, de stupéfiants dont le cannabis, ou d’antidépresseurs, même quand elle n’a pas lieu dans l’entreprise, a en effet de lourdes implications en matière de sécurité (accidents du travail, risques routiers), d’absentéisme (maladie longue durée, arrêt de travail) mais également sur le climat social (agressivité conflits internes) et les performances (concentration, retards, fautes professionnelles).

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Une réalité à regarder en face.

S’il est difficile d’évaluer avec précision le nombre de salariés concernés par des problèmes d’addictions, on estime que 16 % des actifs consommeraient de l’alcool sur leur lieu de travail… en dehors des repas et des pots entre collègues*. 9 % des actifs (23 % des 18-25 ans) consommeraient régulièrement du cannabis. Un chiffre en augmentation constante, en particulier chez les cadres. Quant aux médicaments psychotropes, 10,4 % des actifs seraient adeptes des anxiolytiques, 6,3 % des somnifères et 6,2 % des antidépresseurs.

Une double responsabilité de l’entreprise.

Si, pour des raisons légales et économiques, l’entreprise a tout intérêt à agir sur les effets, en identifiant les conduites à risques et en aidant ses salariés à sortir de la dépendance, elle doit également se poser avec objectivité la question de sa responsabilité sur l’origine de ses addictions. Une addiction n’est que très rarement liée qu’à des causes « personnelles ». Si le stress, la recherche de la performance et plus généralement des conditions de travail difficiles ne conduisent pas nécessairement à une conduite addictive, elles en constituent des facteurs aggravants.

*Baromètre santé 2010 de l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé)

Former les managers.

Pour accompagner les collaborateurs en difficulté, les managers doivent en amont maîtriser la réglementation et les responsabilités concernant la conduite addictive en entreprise mais également diffuser les mesures de sécurité.
Ils sont également les mieux placés pour accueillir, réagir et écouter une personne en difficulté et l’orienter vers les structures adaptées.

Analyser les facteurs de risque.

Secteur d’activité, profil des collaborateurs (fonction-âge), habitudes culturelles, saisonnalité, organisation du travail… les risques de conduites addictives varient fortement d’une entreprise à une autre. Une analyse précise des facteurs de risque permet une meilleure anticipation et des mesures de prévention ciblées.

Sensibiliser l’ensemble des salariés.

La prévention des conduites à risques est l’affaire de tous. Expliquer à chacun, en particulier aux managers, comment identifier les premiers signaux d’alerte (signes cliniques ou psychiques) de chaque addiction, permet de réagir (pour soi-même ou pour ses collègues) avant que la dépendance ne s’installe.

Accompagner le collaborateur en situation d'addiction.

En cas de signes d’addiction, l’entreprise peut orienter un collaborateur vers le médecin du travail ou vers les CSAPA (centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) qui accueillent gratuitement toutes les personnes souffrant de conduites addictives. Certains contrats santé, comme ceux d’Harmonie Mutuelle, permettent également de bénéficier d’une prise en charge par un addictologue.

Accompagner le retour.

Un collaborateur qui sait qu’il sera accueilli dignement après un arrêt de travail ou une suspension de poste (parfois nécessaire pour sa sécurité et celle de ses collègues), sera plus enclin à reconnaître son addiction et entamer une démarche thérapeutique.

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